1939-1945

Des héros chablaisiens

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L' abbé Rosay arrive à la cure de Douvaine en Septembre 1941. Dans la force de l'âge, il a 39 ans, ayant déjà eu la responsabilité de deux paroisses, il s'intègre rapidement à la population du village dont il devient le véritable guide pendant cette période troublée et difficile. Il sait avant tout mesurer la valeur et la richesse de la jeunesse qui est alors complètement désemparée. Sans cesse, il la conseille et répond à ses interrogations. Son formidable charisme, mais aussi sa gaîeté le font aimer de tous. On n'hésite donc pas à le consulter dans des situations difficiles.Ainsi, il préserve la jeunesse du STO. Aucun des jeunes gens du village n'est parti en Allemagne.Pour sauver les juifs traqués, et plus particulièrement les enfants, des réseaux oecuméniques, catholiques et protestants, se mobilisent. La communauté protestante remet en activité d'anciennes filières qui avaient permis à ses membres trois siècles auparavant, lors de la révocation de l'Edit de Nantes, de gagner la Suisse. Cependant, en 1942, la frontière n'est pas aussi facile à passer qu'au XVIIème siècle. Quatre rangèes de barbelés et des patrouilles militaires, tant suisses qu'italiennes et finalement allemandes, interdisent le passage vers la liberté. C'est là que s'organisent de véritables réseaux de passage vers la Suisse sous l'impulsion de prêtres locaux dont l' abbé Jean Rosay

Le réseau qu'il organise fin 1942 pour faire passer en Suisse des enfants juifs et tous ceux qui arrivent chez lui poursuivis par les nazis est sa plus grande oeuvre dans laquelle il sait engager la jeunesse de Douvaine qui ne peut rester dans l'inaction. Dès novembre 1942, les passages commencent : l'abbè Rosay est la pièce principale du réseau: il est seul à savoir quels jeunes sont engagés dans les opérations. Les jeunes ont pour principale tâche de convoyer de petits groupes d'une dizaine de personnes jusqu'au village voisin de Veigy où habitent les deux principaux passeurs: Joseph Lançon et François Perillat. Sur le chemin vers Veigy et les fermes des passeurs, il existe divers refuges: l'orphelinat tenu par des assomptionistes, la cure de l'abbè de Veigy et bien des fermes toujours prêtes à accueillir un groupe pour le cacher quelque temps. Les déplacements se font bien sûr à pied, de nuit et à travers champs.Jusqu'en septembre 1943, date à laquelle les Allemands occupent la région après l'effondrement de l'Italie fasciste, les passages se multiplient et s'accélèrent. Les risques sont importants, et ceux qui les prennent sont ici bénévoles.

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Joseph Lançon est veuf; toujours caché dans la journée, il ne rentre chez lui que la nuit pour passer les gens. Sa fille aînée Thérèse, s'occupe du ménage et de ses six frères et soeurs avec un dévouement remarquable, elle aide même souvent son père dans ses missions. Peut-être ont-ils fait passer en Suisse plus de 2000 enfants ; nul ne peut le dire exactement.

François Perillat, d'une ferme voisine, vient de temps en temps aider à la ferme Lançon et participe activement aux passages. Le travail ne manque pourtant pas, car son père est mort et il a sept frères et soeurs. Les plus pauvres aident donc les plus pauvres, car si quelques villageois proposent le passage contre de l'argent aux familles qui arrivent à Veigy, on indique à ceux qui n'ont plus d'argent la ferme Lançon. Leur activité est de notoriété publique, mais ils demeurent insaisissables, rentrant rarement chez eux, toujours cachés dans les bois.

Dès leur arrivée dans la région , les Allemands investissent tous les villages frontaliers. Le 17 septembre 1943 ils sont à Veigy où ils implantent un poste. Lançon demeurant aussi insaisissable que du temps de l'occupation italienne, les SS arrêtent sa fille Thérèse. Elle est emmenée à la prison aménagée dans l'hôtel Pax à Annemasse où elle est retenue trois semaines. Elle nie tout en bloc, et son arrestation ne permettant pas de mettre la main sur son père, elle est finalement relâchée. Lançon mène alors une vie d'homme traqué. Les passages ont bien evidemment cessé, la surveillance est bien trop importante. Il est finalement arrêté avec François Perillat dans la nuit du 10 au 11 février 1944 à la ferme Perillat où il était venu aider pour tuer le cochon. L' abbé Rosay est arrêté à son tour aussitôt après, à deux heures du matin.            

FPerillat

F. Périllat

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J. Lançon

Le martyre de l'abbé Rosay, de Joseph Lançon et de François Perillat, commence. Les trois hommes sont d'abord emmenés au Pax à Annemasse. L'abbé Rosay avoue tout: il craint trop que les Allemands retournent à Douvaine ; ils ne le font pas, car ils tiennent effectivement en lui le maître d'oeuvre du réseau. Leur interrogatoire terminé, les prisoniers partent pour Compiegne le 12 mars qu'ils quittent le 27 avril pour Auschwitz. Ce voyage est un enfer, à cent vingt par wagon, par une chaleur suffocante et pratiquement sans nourriture. L' abbé signale simplement dans sa lettre suivante que le voyage fut " pénible"...... Il y eut pourtant beaucoup de morts.

 En décembre 1944 commence pour eux un véritable calvaire. Face à l'avance des troupes soviétiques, Auschwitz est évacué le 18 janvier 1945. Lançon et Perillat sont déjà partis pour un camp de travail où tous les deux mourront de maladie et d'épuisement. Lançon le 5 mars 1945 et Périllat le 18 décembre 1944. L'abbé Rosay est évacué à Birkenau, il passe par Gross-Rosen et arrive finalement dans l'immense mouroir-charnier de Bergen-Belsen complétement épuisé, après de longues marches dans la neige sous les coups des SS, ou bien dans des wagons à charbon découverts par un froid terrible. Partis à six mille, ils arrivent seulement à deux mille : les autres sont morts au bord du chemin. Quelques jours après son arrivèe au camp, comprenant que sa fin approche, il dit à l'un de ses compagnons : " C'est fini, je ne demande qu' une seule chose : durer jusqu'à Pâques. " Il entre à l'infirmerie du camp quelques jours après les Rameaux. Le 15 avril, le camp est libéré par les troupes anglaises. Mais le père Rosay est déjà mort depuis quelques jours. La légende voudrait que ce soit le lundi de Pâques....

    

Horaires d'ouverture
Lundi au Vendredi : 8h30-12h et 14h-17h
Jeudi : 14h-17h    |    Samedi : 9h-11h30
Mairie de Veigy-Foncenex
26 route du Chablais
74140 Veigy-Foncenex

tél: 04.50.94.90.11
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